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Publié : 31 octobre 2008

AMAP et grande distribution

Voici donc la recette par laquelle la grande distribution peut s’intégrer
dans le tissu agricole, prendre le contrôle de fermes de propriétés
foncières agricoles pour y mettre par exemple des paysans salariés, les
exploiter de façon à faire de la rentabilité et faire de la récupération
d’AMAP de façon à capter de nouvelles clientèles. Il convient de
rappeler que la grande distribution a les reins assez solides pour faire ce
type d’opération pour la reconnaissance d’une image de marque,
même si l’opération n’est pas rentable immédiatement, mais le but pourrait
consister à faire de la communication sur ce type de concepts
pour redorer le blason sur le créneau de l’écologie...

Être un propriétaire rural heureux
Par Alexandra Voinchet ², 21 octobre 2008

Ça y est, je suis marraine... d’une vache, comme me le propose gracieusement la fromagerie normande Graindorge. L’idée me plait bien.

Promis, avec mes prochaines économies, j’achète une chèvre pour des exploitants agricoles du sud de la France.
Je leur envoie le chèque et ils élèvent Rosalie.
Ils me rembourseront en nature : 9 kg de fromage par an pendant trois ans.
Pour un investissement de départ de 300 euros, j’ai fait le calcul, je
rentre dans mes frais.

Je peux aussi leur payer une vache pour 1 500 euros,
soit 24 kg de fromage par an pendant six ans, et m’offrir, par la même
occasion, l’agréable sentiment d’être propriétaire.

Je compte également investir dans le raisin. Pour aller avec le fromage. Le
site Internet mesvignes.com me propose d’acheter quelques pieds de vigne. Je peux choisir mon cru, rouge, blanc..., mon domaine, Bordeaux, anguedoc...
Initiation aux vendanges et à l’assemblage des vins, me voilà web-vigneron.
Avec l’immense fierté de présenter à mes invités, à côté de ma tomme de
vache artisanale, une petite cuvée à mon nom.
La parcelle de vigne me coûte entre 230 euros pour un cru du Roussillon et
890 euros pour un Bandol, de quoi me concocter une belle cave ersonnalisée.
Mais pour avoir plusieurs millésimes, il ne faudra pas que j’oublie de
renouveler ma cotisation d’année en année.

Actionnaire d’une ferme
Qui sait, je pourrais également me laisser tenter par l’achat d’une
propriété viticole. Ce n’est pas un investissement réservé à quelques élus.
Il suffit pour cela de mutualiser. C’est ce que proposent les groupements
fonciers viticoles. Le principe est simple : devenir copropriétaire d’une
exploitation qui reste gérée par un professionnel. Ou comment avoir tous les
avantages d’un vignoble sans les inconvénients. Idem pour les groupements
fonciers agricoles ou forestiers qui permettent d’investir dans une ferme
dans le Limousin ou dans des bois ardennais.
Cet investissement foncier, via une société civile, présente de jolis
atouts, notamment en termes de défiscalisation. Il offre des exonérations
partielle ou totale à l’impôt sur la fortune sous certaines conditions. Le
copropriétaire reçoit un loyer ou fermage proportionnel au nombre de parts
détenues. Pour la vigne, les revenus sont indexés sur la valeur du vin de
l’appellation concernée.
Il faut donc bien choisir son terroir. Vigne de qualité et appellation
reconnue sont des conditions sine qua non dans ce genre de projet. Une
région de production concentrée pour un breuvage plébiscité dans le monde
entier, pas étonnant que la Champagne ait la cote : elle se paie plus cher
mais rémunère mieux.
Ces rentrées d’argent peuvent aussi bénéficier d’un abattement forfaitaire
selon les situations.
Enfin, ce placement s’avère également avantageux en matière de droits de
succession. Les abattements existants en font un calcul intéressant sur le
long terme, voire très long terme.
En outre, mon investissement encourage le maintien de l’activité rurale
française. De quoi alimenter la conversation autour de mon verre de vin et
du plateau de fromages. Je peux aussi acheter en mon nom. J’ai justement
repéré une parcelle de 3 ha dans le Médoc : 60% merlot, 40% cabernet.
En revanche, soit je m’improvise vigneronne, soit je délègue à un expert,
plutôt que de laisser le terrain en friches ce qui risque de me valoir des
sanctions. Bref, ce n’est peut-être pas la meilleure formule.
L’effervescence du champagne
Quant à la propriété avec maison de charme, piscine, chambre d’hôtes, chai
dernier cri et vigne de 21 ha en Gironde à 1,6 M ?, elle risque de me passer
sous le nez. C’est en effet un bien très prisé par les étrangers,
investisseurs ou riches particuliers.
Le segment du luxe viticole se tient bien. Ces acheteurs sont à la recherche
de belles bâtisses, du joli mas provençal au château bordelais, faciles
d’accès et entourées de quelques hectares de vignes. C’est davantage
l’opération financière à long terme que notre tradition vigneronne
tricolore, qui les intéresse.
À mon niveau, acheter un lopin de terre est une habile façon de se
constituer un patrimoine. D’autant que le prix des terres agricoles augmente
à mesure qu’elles se raréfient. L’an dernier, le prix moyen à l’hectare
d’une vigne AOC a augmenté de plus de 11% à 95 300 euros l’ha, tiré à la
hausse par l’envolée des prix de la région champenoise. Le prix de la terre
agricole a grimpé de 60% en dix ans, à 4 900 euros l’ha en 2007, selon des
chiffres de mai dernier de la Fédération nationale des Safer, organismes
d’aménagement et de développement de l’espace rural émanant du ministère de
l’Agriculture.
Même les forêts valent plus cher : leur prix a progressé de 65% depuis 1997.
Toutefois, acheter une terre agricole, cultivable, ce n’est pas acheter une
ferme. C’est un placement avec des baux qui courent parfois sur vingt à
vingt-cinq ans. D’ici là, le prix de votre terre aura eu le temps de monter,
doucement mais sûrement.
Le foncier agricole peut se considérer comme une valeur refuge en ces temps
de crise financière. Cependant, la revente n’est pas garantie compte tenu de
l’existence de droits de préemption, de la part des communes par exemple, de
l’évolution des statuts des fermages et de la politique agricole nationale
ainsi que de la qualité du sol et des cultures qu’il peut accueillir... "Une
terre n’a jamais valu que le prix de ce qu’elle peut produire", dit un adage
paysan.

² Journaliste, elle participe à la Quotidienne de MoneyWeek, et a un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.